Le régime dictatorial de Paul BIYA voulait faire couler du sang des révolutionnaires
C’est

Dans ce document parvenu à notre rédaction, ces derniers accusent Paul Biya de cécité et d’autisme politique. “Le meeting qui a été militairement empêché avait pourtant été légalement déclaré par le Manidem jeudi 17 février 2011 et ce dernier parti n’a reçu à ce jour aucune notification d’interdiction de manifester. L’autorité a opté de faire usage de méthodes d’intimidation et de répression dignes de l’époque coloniale pour entraver la liberté de mouvement des sympathisants de l’opposition. C’est un état d’urgence qui ne dit pas son nom. Les villes de Douala, Yaoundé, Bafoussam, Bamenda et Nkongsamba sont en état de siège. Le pouvoir a déclaré la guerre au peuple camerounais”.
C’est pourquoi ils invitent le peuple à la résistance. “Le peuple camerounais qui a tout donné pour la liberté, la souveraineté et la démocratie ne se laissera pas intimider par l’arsenal répressif d’un régime aux abois. En conséquence, notre jeunesse en particulier continuera à se battre avec le soutien de tous jusqu’à la victoire finale”.
Cette force qui se fait appeler la Nouvelle Opposition camerounaise entend construire la victoire du peuple sur les forces rétrogrades. “Les patriotes ne peuvent pas accepter que seul le Rdpc et ses affidés aient le droit de tenir des meetings au Cameroun. Tous les sacrifices consentis par les combattants de la liberté ne peuvent être anéantis par la cécité d’un régime aux abois. Sans céder aux provocations délibérées, il faut continuer d’accentuer la pression sur le régime dictatorial de Paul Biya. Le maintien de l’ordre ne saurait être une solution à la résolution des revendications légitimes des Camerounais”. Et invite le chef de l’Etat à se retirer des affaires:
“Nous appelons M. Biya, dans le souci de préserver la paix et d’éviter à notre pays les scénarii tragiques que vivent d’autres peuples, à ne pas se présenter à l’élection présidentielle de 2011”. Pendant que Jean-Michel Nintcheu et ses pairs lèchent leurs blessures issues des matraques de la soldatesque, des stratégies de “combat” se poursuivent dans les états-majors.
Marche de la Convergence: Pourquoi la revendication a trainé le pas
Les acteurs de la convergence sont unanimes sur le fait : la marche organisée le 23 février dernier n’a pas drainée grand monde. Pour cela, plusieurs raisons sont évoquées. Pour l’essentiel, le président de l’Union des forces démocratiques du Cameroun Hameni Bieuleu croit savoir que cet échec est pendant du refus des jeunes de prendre leur destin en main. Toutefois, à en croire Anicet Ekanè présenté depuis quelques temps comme leader d’opinion et homme politique, l’espoir reste de mise. Un optimisme qui, selon cette source, tient de ce que “l’histoire de l’humanité a montré à toutes les fois que la répression n’arrête ni la liberté, ni la révolution.” Seulement l’histoire de la marche organisée par la nouvelle dynamique des partis politique de l’opposition, révèle nombre d’incohérences dans l’organisation et les revendications de cette “nouvelle synergie”.
La réunion tenue au siège du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem), quelques heures après la marche “matée dans le sang” (voir Le Messager du 24 février 2011) a donnée à voir des incohérences de cette dynamique. Le premier chambardement de cette journée est évoqué par le président du Manidem. Abanda Pkama laisse entendre que le retard observé par le président régional du Social democratic front (Sdf) a été un facteur déterminant dans l’échec de cette marche. Attendu à un carrefour du quartier Akwa par ses camarades, l’honorable Jean Michel Nintcheu s’est plutôt déporté au rond point Deido. Une décision qui aurait contraint les autres acteurs à débuter la marche. Le résultat, selon Victorien Hameni Mbieuleu, “c’est que nous sommes allés à la Salle des Fêtes où nous avons été arrêtés ”, mais il fallait compter sur l’un des principaux accusés de cet échec qui apporte son argument au débat.
L’honorable Jean Michel Nintcheu entend dire son mécontentement à l’endroit de ses camarades. “Je suis fâché parce que votre anticipation dans l’action m’a déstabilisé ”. Outre les consignes qui n’auraient pas été suivies par les uns et les autres acteurs de la marche du 23 février dernier, le flou réside toujours sur l’objet réel de la revendication. A ce sujet, les organisateurs de la marche du 23 février 2011 ne s’entendent pas. “Marche en souvenir des martyrs des émeutes de février 2008” pour certains. Rappel des engagements du chef de l’Etat pour la “lutte contre la vie chère” pour d’autres. Et pour l’essentiel, revendications en vue du renversement du régime en place. Une démarche calquée sur les mouvements initiés depuis quelques temps en Tunisie, en Egypte, etc.
Semaine des martyrs : le jeu et les joueurs
Derrière la semaine des martyrs organisée par les partis de la convergence, il y avait comme option de mobiliser les populations afin d’ébranler un régime qui se voulait imperturbable. Celui-ci a laissé transparaître un certain affolement qui en dit long sur l’état d’esprit du régime.
En effet, le meeting qui, de l’avis des organisateurs avait “ été légalement déclaré par le Manidem le jeudi 17 février 2011” a rencontré une vive opposition, pour ne pas dire plus, des agents du maintien de l’ordre, destinée à entraver le mouvement des activistes.
La déferlance d’images venus du Maghreb a-t-elle fait fantasmer les parties de la convergence qui, en organisant la semaine des martyrs, ont cru que les populations désœuvrées et assommées par la misère les suivraient dans une aventure aussi périlleuse qu’incertaine qui consiste à bouter Biya dehors ? En tout cas, l’effet de la rue arabe s’est fait ressentir également du côté du pouvoir qui a dégagé d‘énormes moyens pour parer à toute éventualité. L’annonce des manifestations avait plongé le pouvoir de Yaoundé dans une grande nervosité.
A Douala, les tentatives de rassemblement ont été brutalement dispersées par les forces de sécurité. Des violences policières ont eu lieu à Yaoundé. Aucun mouvement de foule n’y a été observé. “ Ce qu’on redoutait n’a pas eu lieu. Les gendarmes qui étaient descendus dans les rues en prévision des manifestations sont repartis bredouilles. ”
Les représentations diplomatiques avaient également opté pour la circonspection à cette occasion. L'ambassade de Suisse a demandé à ses ressortissants de "limiter leurs déplacements". D'autres chancelleries ont envoyé des messages exhortant à la prudence. Les observateurs ont aussi perçu la montée des périls : le risque que le malaise social dégénère, va "dépendre de l'habileté politique du pouvoir en place", a souligné M. Nguini Owona. "Si le pouvoir se montre non seulement frileux mais aussi maladroit (utilisation de mesures coercitives), c'est possible qu'il favorise plutôt l'embrasement", avait il estimé.
Tout est bien qui finit bien. Si quelques cas de blessures ont été observés, Il n’y a pas eu mort d’homme. Mais pourquoi ces mouvements programmés n’ont-ils pas prospéré ? D’aucuns parlent de bide monumental. En effet, le contexte des émeutes de la faim a changé. Selon un bendskineur, “ Je ne peux pas m’associer à ces histoires. Bien que toujours cher, le carburant n’a plus connu de hausse depuis 2008 ; les contrôles routiers sont finis. Pourquoi donc marcher ? Je ne fais pas la politique ”.
Il y a donc eu comme une absence de motivation de la population qui refuse à se faire massacrer pour des histoires politiques, alors que le rapport de force n’est pas de son côté. De plus, nous confie un observateur, “ depuis que les populations savent ou ont compris que le régime s’accrochera au pouvoir par tous les moyens, ils ont opté pour la survie, tout en lui opposant une résistance passive et silencieuse. Cas de Elecam. Malgré toutes les séductions, personne ne va s’inscrire ”.
Mais ce n’est que partie remise, disent les activistes qui comptent changer de stratégie pour “ la prochaine fois ”. On attend...
Mouvements de la rue
1/ les activistes
Depuis deux ans, à l’instigation de l’honorable Jean Michel Nintcheu, une semaine des martyrs est organisée à Douala le 23 février. Il s’agit de meetings à l’honneur de tous ceux qui ont été victimes des exactions des forces de l’ordre lors des manifestations à caractère politique.
Cette année, cet anniversaire a coïncidé avec les événements de l’Afrique du nord, ou l’on a vu deux ou trois dictateurs prendre la poudre d’escampette devant la colère de la rue. D’autres leaders ou activistes en ont donc profité pour lancer l’appel à manifester contre Paul Biya, peu suivi dans l’ensemble du pays.
Il s’agit entre autres de Mboua Massock, qui opposant et président de la Nouvelle dynamique nationaliste (Nodyna), avait appelé à entrer “ en révolution ” contre le régime de Paul Biya, Kah Walla, candidate déclarée à la prochaine élection présidentielle avait appelé les Camerounais à se mettre “ tous en rouge ” pour dire à Paul Biya que “ ça suffit ”. “ Trop d’élections truquées ! Trop de jeunes au chômage ! Trop de tracasseries pour les débrouillards ! Trop de promesses non tenues ! ”, Disait-elle dans son appel.
Dans la capitale camerounaise, Abba Aboubakar, le président de la Révolution camerounaise du peuple uni (Rcpu), un parti d’opposition, avait été interpellé en même temps qu’une dizaine de responsables politiques et de la société civile.
Parmi ces joueurs, il y a celui qui est considéré comme le plus dangereux, c'est-à-dire Jean Michel Nintcheu. Il a l’expérience. Depuis 20 ans, il est au front des revendications politiques. Il a la voix : aujourd’hui député, il peut s’exprimer du haut des tribunes officielles ; Il a des troupes : son parti, le Sdf a des militants politiquement engagés. Il a des arguments développés déjà lors d’une question orale à l’assemblée nationale: “ le 14 février 1998, plus de 250 personnes (chiffre officiel) ont péri dans ce qui a été appelé la catastrophe de Nsam, un quartier de Yaoundé. Ce jour-là, deux citernes pleines de carburant se sont détachées d’un convoi ferroviaire. La population croyait pouvoir profiter de l’accident en s’approvisionnant gratuitement en carburant qui s’échappait et a été happée dans un violent incendie. Les victimes de cet incendie ont été dédommagées, alors qu’ils venaient voler du carburant. Pourquoi le pouvoir ignore t-il tous ceux qui sont morts en disant non à la constitution, ou dans le cas des émeutes de la faim, en revendiquant des emplois ”?
C’est ce combat qu’il a porté dans la rue, tout en proposant à ses camarades de créer un fond de soutien aux victimes des exactions policières.
2/La troupe
Le 22 février, veille des manifestations programmées pour la semaine des martyrs, le téléphone de l’honorable Nintcheu sonne. C’est un haut responsable de Yaoundé qui l’informe que le gouvernement va faire une communication sur les victimes des exactions des forces de l’ordre, qui vont être indemnisées par l’Etat. Dimanche le 27 février, veille du jour anniversaire des émeutes de la faim, des journalistes et leaders d’opinion reçoivent sur leur portable un message : “ le président Biya va s’adresser à la nation le 28 février à 20h. ”
Jamais le pouvoir n’a usé d’autant de moyens de communication pour manipuler les populations. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agissait de désamorcer la bombe sociale en préparation. Au Mincom, même l’idiot du village a été sorti de sa médiocrité pour ânonner, parlant du président de la République : “ lorsque cet homme aura 92 ans, ce pays sera un grand pays ”. De son côté, Jean-Baptiste Bokam, secrétaire d’Etat en charge de la gendarmerie nationale s’est fait l’écho de la panique du pouvoir : “ la recherche du renseignement occupe une place centrale. Vous devez suivre à la trace les auteurs de ces appels à la sédition. Vous devez aussi infiltrer leurs différents groupes cibles pour déceler leurs intentions et prévenir leurs actes ”.
Cela est donc clair. Le pouvoir a tremblé sur ses fondements. La mobilisation des forces de l’ordre pour contenir les émeutiers présumés en dit long. Selon nos sources, les forces spéciales du Bir avaient été consignées au cas où les forces classiques de maintien de l’ordre seraient débordées...
© Le Messager
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